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Arts Po : Ubi Sunt ?

François LOZET

Livres-audio contemporains. Collection dirigée par François Lozet. Des classiques mis en scène. Des univers sonores et musicaux conçus autour des textes. Pour mieux entendre. Avec les comédiens et les musiciens de Harpo, ce sont plus seulement des livres lus, mais des textes mis en scène par le son et la musique.
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La condition de tous les gens affairés est malheureuseEt plus malheureuse encore celle de ceux qui travaillent aux occupations d’un autreDormant au sommeil d’un autreMarchant au pas d’un autreAimerDétesterLes plus libres des affectionsSont pour eux des obéissances S’ils veulent savoir ceux-là combien leur vie est courteQu’ils pensent à la portion d’existence qui leur revientVous pouvez les avoir souvent vus revêtus de la robe des maîtresVu leur nom célébré sur le forumN’en soyez pas jalouxIls ont damné leur vie pour celaPour la satisfaction d’attacher leur nom à une annéeIls auront usé toutes les autres Quelques uns brûlants d’ambition y laissent dès les premières luttesTout leur tempsD’autresQui sont parvenus à force d’indignitésAux plus grands honneurs sont saisis de la misérable pensée qu’ils n’ont travailléQue pour un titre sur une tombeEt puis il y a un tel vieux décrépitPris de nouveaux espoirs qui ne conviennent qu’à la jeunesseQui succombe de faiblesseAu milieu de grands et d’improbables efforts Honteux ce vieillard quiDans d’obscurs plaidoyers Lâche son dernier souffleDevant un auditoire ignorant dont il mendiait l’admiration Honte à celui qui Lassé de vivre plutôt que de travailler S’effondre au milieu de son métier Honte à quiEn pleine agonie S’obstine à surveiller ses comptesEt devient la risée d’un héritier qu’il a longtemps fait attendre Je ne peux taire ici un exemple qui se présente à mon esprit :Turannius était un vieillard actif et diligentA 90 ans passés ayant reçu de CaligulaSans la demander Sa mise à la retraiteIl se mit au litEt voulut que sa famille l’entourât Et le pleurât Comme s’il était mortEt tous ses gens s’affligeaient pour le vieux maître condamné au reposEt les lamentations ne cessèrent que lorsqu’il fut rendu à ses fonctionsEst-il donc si doux de mourir occupé ? Nous sommes presque tous faits pareils La passion du travail survit au pouvoir de travaillerOn lutte contre la faiblesse du corpset la vieillesse ne parait fâcheuse que parce qu’elle éloigne des affairesLa loi dispense à 50 ans de porter les armesà 60 ans de siéger au SénatEh bien les hommes ont plus de peine à obtenir le repos d’eux-mêmes que de la loi Et tandis qu’ils sont entraînés et entraînent les autresQu’ils s’arrachent au calme les uns les autresQu’ils se rendent mutuellement malheureuxLa vie passe sans fruitSans plaisirSans aucun profit pour l’âme Pas un ne met la mort en perspectivePas un qui ne porte au loin ses espérancesQuelques-uns même règlentPour le temps où ils ne seront plusLa construction de vastes tombeauxLes monuments publics à dédicacer à leur nomTout l’attirail d’orgueil enfin de magnifiques obsèquesLorsqueLeurs funérailles devraient se tenir comme s’ils avaient très peu vécuEt se faire à la maigre lueur des torches et de ces chandelles qu’on destine aux enfants
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Ecartez-vous donc de la fouleTrès cher Paulinuset après que vous avez été lancé dans l’espace de votre vieQu’un port plus tranquille vous recueille enfin Songez à combien de fois vous avez bravé les flotsCombien vous avez supporté de tempêtes privées Ou quand elles étaient publiques combien de tourmentes vous avez pris sur vousVotre vertu s’est suffisamment montrée dans le travail et l’anxiété Faites l’expérience de ce qu’elle peut faire dans le reposEt si la plus grande et meilleure part de vos jours a été consacrée aux choses publiquesGardez-en aussi un peu pour vous Ce n’est pas vous inviter à un repos fait d’inertie ou de négligence Ce n’est ni dans le sommeil ni dans les plaisirs adorés de la foule que je veux plongerCe qu’il y a en vous de vivacité d’âme Vous n’allez pas vous reposerVous allez trouver des affaires plus grandes encore que tout ce que vous avez eu à faire jusque ici Et qui seront à traiter loin des tracas et des soucis Vous administrez les revenus de l’univers avec le désintéressement qu’exigent les revenus d’autruiEt avec autant de zèle que si c’étaient les vôtresAussi religieusement que si c’étaient ceux de l’Etat Vous savez attirer l’affection dans une position où il est difficile d’éviter la rancœurEt pourtantCroyez-moimieux vaut s’occuper à régler les comptes de sa vie que ceux des comptes publics Cette force d’espritcapable des plus grandes choses Cessez de la consacrer à un ministèrehonorable sans doutemais peu apte à rendre une vie heureuse(appliquez-la désormais à vous-même)Et songez que si vous vous êtes dévoué assidûment depuis l’enfanceA de nobles études Ce n’était pas pour devenir le gardien fidèle De plusieurs milliers de mesures de bléVous promettiez de plus grandes et de plus hautes espérances On ne manque pas d’hommes qui joignent au goût du travail une intégrité scrupuleuseParce qu’elle est lente la bête de somme est plus à mêmede porter un fardeau que des chevaux de raceQui oserait ralentir une vive et généreuse allure sous une lourde charge ? Imaginez en plus combien de soins entraîne cette responsabilitéC’est à l’estomac de l’homme que vous avez à faireUn peuple affamé n’entend pas raisonEt l’équité ne saurait ni le calmerni les prières le fléchir Il y a peuDans les quelques jours qui suivirent immédiatement la mort du César CaligulaEt si jamais on puisse conserver aux Enfers un sentimentCombien il devait regretter de laisser le peuple romain lui survivreIl ne restait de subsistances que pour 7 ou 8 joursEt tandis qu’il construisait des ponts en assemblant des naviresEt qu’il se faisait un jouet des puissances de l’EmpireNous étions proches de subir le dernier des malheursLe même que pour des assiégésLa famineLa famine et la ruine de toutes choses Qui en est la conséquence Voilà ce que coûtaitCette imitation malheureuse et superbeD’un roi fou et étranger Dans quelle situation d’esprit durent être les magistrats chargés des approvisionnements publics !Menacés par le fer des pierres ou du feu Par Caligula mêmeIls prirent grand soin de dissimuler le mal qui couvait C’était agir sagementIl y a des malades qu’il faut soigner en les tenant dans l’ignorance de leur malBeaucoup sont morts de l’avoir connu
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Leurs plaisirs mêmes sont anxieuxLes gens affairés sont remplis de mille appréhensionsEt au milieu de leur joie surgit chaque fois cette pensée inopportune : Combien de temps cela va-t-il durer ?Maigre réflexion qui a souvent fait gémir sur leur puissance les roismoins enchantés par leur grandeur présente qu’épouvantés par l’idée de la perdre un jour Lorsque dans des plaines immenses il déployait son armée Si nombreuse que ne pouvant en faire le compte il la mesurait par l’étendue du terrain qu’elle couvraitL’orgueilleux Roi des Perses fondit en larmesen songeant que de tant de milliers d’hommes à la fleur de l’âgeaucun n’existerait plus dans cent ansMais lui Xerxèsqui les pleurait ainsices mêmes hommesil allait dans un temps très court les faire tuer Soit sur terre soit sur merOu dans le combat ou dans la fuiteEt détruire tant d’existences pour lesquelles il redoutait la centième année Pourquoi leurs joies mêmes sont-elles si inquiètes ?C’est qu’elles ne reposent pas sur des bases solidesEt la même légèreté qui les a fait naîtreles désorienteQue doivent être les moments malheureux de leur vieComme ils les appellent eux-mêmes Si ceux dont ils sont si fiers et qui paraissent les élever au-dessus des autressont si emmêlés ? Les meilleures choses n’épargnent pas les soins qu’on leur donneEt la chance la plus grande est celle à qui l’on doit moins se fierLe bonheur pour s’affermir a besoin du bonheurEt pour les vœux exaucés il faut faire d’autres vœuxTout ce que le hasard vous donne est peu stablePlus il vous élève Plus haut il vous pend Personne n’aime ce qui peut tomberAussi est-elle non seulement très courtemais aussi très malheureuse la vie de ceux qui se procurent à grande peinece qu’ils ne peuvent conserver qu’avec des peines plus grandes encoreIls obtiennent difficilement ce qu’ils désirentEt possèdent avec inquiétude ce qu’ils ont obtenu En attendant A ne tenir plus aucun compte d’un temps qui ne reviendra plusA d’anciennes activités ils en substituent de nouvelles Une espérance accomplie en demande une autreEt l’ambition appelle l’ambitionOn ne cherche pas la fin de ses peinesOn en change seulement l’objetS’est-on obsédé de parvenir aux honneursOn perd plus de temps encore aux fins d’y faire arriver les autres CandidatsUne fois parvenus à la fin de nos menéesNous commençons à quémander pour un autreAvons-nous déposé la fâcheuse fonction d’Accusateur Nous aspirons à celle de JugeA-t-on cessé d’être JugeOn cherche la QuestureA-t-on vieilli à gérer en mercenaire la richesse d’un autreMaintenant gérer la sienne absorbe tout entier Marius abandonne-t-il le costume de soldat ? C’est pour devenir ConsulQuintius veut-il vite se défaire de la charge de dictateur ?On l’arrache bien vite à ses charrues et à ses champsScipion marche contre les CarthaginoisTrop jeune pour une si grande actionVainqueur d’HannibalVainqueur d’AntiochosIl brille durant son ConsulatIl assure celui de son frère On l’aurait placé aux côtés de JupiterS’il ne s’en était défenduPlus tard des factieux ne l’en poursuivront pas moinsEt celui dont les jours de jeunesse avaient été tellement honorés Se contentera de mettre dans l’exil à vie l’ambition de ses vieux jours Jamais ne vous manquerontdans le bonheur ou dans l’infortuneLes soins et les soucisEt cet affairement vous interdiraLe repos toujours désiréEt jamais obtenu
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Mais combien courte et inquiète est la vie de ceux qui oublient le passé Négligent le présentEt craignent l’avenirAu moment ultime les malheureux comprennent Trop tardCombien ils ont été longtemps occupés à ne rien faireEt n’allez pas conclure que leur vie soit longueDe ce qu’ils invoquent parfois la mortLa folie les agite de passions désordonnées qui les précipitent précisément vers ce qu’ils craignentAussi ne désirent-ils souvent la mort que parce qu’ils en ont peur Et ne regardez pas non plus Pour preuve qu’ils vivent longtempsQue le jour souvent leur paraît longEt qu’en attendant le moment fixé pour le souperils se plaignent de la lenteur des heurescar si par hasard leurs activités les délaissent ils sont accablés du temps libre qu’elles leurs donnent Ils ne savent ni en faire usageNi comment s’en déchargerAussi se cherchent-ils une occupation quelconqueet dans l’intervalle toute durée leur pèseCela est si vrai que si un jour a été annoncé pour un combat de gladiateursou si la date de tout autre spectacle ou de divertissement est attendueIls voudraient sauter tous les jours intermédiairesDès qu’il attendent tout délai est trop longMais le moment après lequel ils soupirent est court et fugitifet leur amour le rend plus bref encore d’un objet ils passent déjà à un autreIls ne peuvent se fixer en un seul désirPour eux les journées ne sont pas longues mais détestablesEt au contraire combien les nuits leur paraissent courtesQue leurs orgiesrapetissentEt leurs orgies beaucoup trop éphémères Aussi les poètesdont la folie attise avec des inventions les divagations des hommesOnt-ils imaginé un Jupiter Ivre des délices d’une nuit adultère En doubler la durée N’est-ce pas enflammer nos défauts que de les attribuer aux DieuxEt de donner pour excuse à nos désirs l’exemple des excès des Dieux ? Pourraient-elles ne pas leur paraître courtes ces nuits que ces dissolus achètent si cher ? Ils perdent le jour dans l’attente de la nuitet la nuit dans la crainte du jour
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Vous retirerez d’eux tout ce que vous voudrez Il ne tiendra pas à eux queplus vous aurez puisé à cette source abondanteplus vous y puisez de nouveauQuelle joieQuelle vieillesse sereine est réservée à celui qui s’est mis sous leur patronageCar il aura des amis avec lesquels il pourra juger des plus grandes Comme des plus petites affairesRecevoir tous les jours des conseilsEntendre la vérité sans offenseL’éloge sans flatterieIl pourra les prendre pour modèles On dit souvent qu’il n’a été donné à personne de choisir ses parentsLe sort seul nous les donneIl y a pourtant une naissance qui dépend de nousIl existe des familles d’illustres géniesA laquelle voudrez-vous appartenir ? Vous y serez adopté Et non seulement son nom mais ses richesses seront les vôtresEt pour les conserver Ni avarice Ni sordides économies nécessairesElles augmenteront d’autant plus que vous en ferez part à plus de monde Ces grands hommes vous ouvriront la voie de l’éternitéEt vous élèveront à une hauteur d’où personne ne saura vous faire retomberTel est l’unique moyen de prolonger une vie mortelleEt plus De l’échanger contre une immortelle HonneursMonumentsTout ce que l’ambition obtient par décretsOu qui se construit de ses propres mainss’écroule bien viteLe temps ruine toutEt renverse en un moment ce que lui-même a consacré Or la sagesse est à l’abri de ses atteintesAucun siècle ne pourra ni l’abolirni la diminuerL’âge suivant et par contiguïté tous les âges qui viendrontAjouteront à la vénération qu’elle inspire Car si la jalousie s’attache aux choses voisinesOn admire plus volontiers celles qui sont éloignées Ainsi s’allonge la vie pour le sageElle ne se cantonne pas aux limites imposées au reste des hommes A lui seul Affranchi des lois du genre humainTous les siècles sont soumisComme à un Dieu Il est maître par le souvenirDu temps passéLe présentIl sait en jouirEt l’avenirIl le possède d’avance Sa vie est longue car en un point du tempsIl concentre tous les temps
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Seuls profitent du repos ceux qui se consacrent à l’étude de la sagesse Seuls ils viventCar non seulement ils profitent de leur part d’existenceMais ils y ajoutent tout l’ensemble des âgesToutes les années qui ont précédé leur premier jour leur sont acquisesA moins d’être particulièrement ingratsles célèbres fondateurs de ces écoles sublimes sont nés pour nousIls nous ont défriché la vieCes admirables connaissances qu’ils ont tirées des ténèbres et mises à jourC’est par leurs travaux que nous y sommes initiésAucun siècle ne nous est interditTous nous sont ouvertsEt si notre esprit par sa grandeur nous porte à nous affranchir des limites de la faiblesse humaineNous pouvons parcourir les vastes horizons du temps Je peux discuter avec SocrateÊtre sceptique avec CarnéadeJouir du repos avec Épicure Avec les Stoïciens vaincre la nature humaine Avec les Cyniques dépasser son importanceMarcher enfin d’un pas égal avec la Nature elle-mêmeEtre contemporain de tous les sièclesPourquoide cet intervalle de temps si courtSi incertainNe m’élancerais-je pas vers ces espaces immensesEternelsOù retrouver les meilleurs des sages ? Les insensés qui Sans cesse en démarchesA rendre d’inutiles devoirsSe privant de reposEt en en privant les autresEt qui se seront livrés tout à leur aise à leur manieauront été frapper chaque jour à toutes les portesn’auront oublié aucune de celles qu’ils auront trouvées ouvertescolportant dans toutes les maisons leurs hommages intéressésDans cette ville immense et agitée de tant d’intérêts différents Combien de personnes auront-ils pu voir finalementCombien de hauts personnages dont le sommeil les débauches ou la dureté les auront éconduits ? CombienAprès l’ennui d’une longue attenteLeur échapperont en feignant une affaire pressante ? Combien d’autresévitant de paraître dans le vestibule rempli de clientsS’échapperont par quelque issue secrèteComme s’il n’était pas plus malhonnête de s’esquiver que de refuser sa porte Combien à demi endormisLa tête encore lourde des excès de la veille Combien entrouvriront à peine les lèvres pour balbutierDans un bâillement dédaigneuxCe nom que leur esclave leur souffla mille fois à l’oreilleCelui de ces malchanceux qui ont hâté leur réveil Pour venir attendre le réveil des autres Mais ceux qui tous les jours ont avec les Zénonles Pythagoreles Démocrite les Aristoteles Théophrasteet tant d’autres précepteurs de la morale et de la science Des relations familièresintimesCeux-là nous pouvons le dire s’attachent à leurs véritables devoirs Aucun de ces sages ne refuse de les recevoirAucun ne renvoie ceux qui sont venus à luiPlus heureux et plus affectionnés à sa personneAucun ne souffre que vous sortiez de sa compagnie les mains videsLeur porte est ouverte à tousNuit et jour Aucun d’entre eux ne vous forcera à mourirTous vous en apprendront le secretAucun ne vous fera perdre des annéesChacun y ajoutera les siennes Nul ne vous compromettra par ses discoursEt aucun dont l’amitié vous mettra en dangerAucun ne vous fera payer cher sa faveur
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Il serait trop long de parler de ceux qui ont passé toute leur vie à jouer aux échecs Ou à la peloteou à exposer leur corps aux ardeurs d’un soleil cuisantCeux-ci ne sont pas non plus des oisifs à qui les plaisirs donnent beaucoup de travail Quant à ceux qui se plongent dans de vaines études littéraires Personne ne doute qu’ils se donnent de la peine à faire rienLe nombre en devient assez grand chez nous les RomainsC’était déjà la maladie des Grecs que de chercher à savoir le nombre de rameurs d’UlysseOu si l’Iliade fut écrite avant l’OdysséeOu si ces deux poèmes étaient du même auteurEt d’autres questions de telle importanceQui s’il faut les garder pour vous ne peuvent vous procurer aucune satisfaction Et que vous ne sauriez communiquer aux autres sans paraîtreNon pas plus savantMais plus ennuyeux Ainsi voilà les Romains possédés de l’étrange manie d’acquérir des connaissances inutiles ! Ces jours derniers J’ai entendu un certain philosophe disserter sur ce que chacun des généraux romains avait fait le premier le premier Cæso Duillius avait vaincu sur meret le premier Manius Curius Dentatus avait montré des éléphants à son triomphe Encore que ces connaissances ne mènent pas à une vraie gloire Au moins tendent-elles à nous faire connaître par des exemples les exploits de nos concitoyensS’il n’y a pas de véritable utilité dans ce savoiril y a néanmoinsEn dépit de sa futilitéToujours des choses à tirer d’un sujet vide Apprenons à ceux qui aiment ces sortes de recherches quel fut le premier qui engagea les Romains à monter sur un vaisseauCe fut Claudius surnommé pour cette raison CaudexNom que les anciens donnaient à un assemblage de plusieurs planchesEn sorte que les tables publiques où sont inscrites nos lois ont été appelées codesEt que de nos jours encoreLes bateaux qui depuis toujours apportent à Rome sa nourriture par le Tibres’appellent caudicaires Il est sans doute bien important de savoir que Marcus Valerius Corvinus s’empara le premier de la ville de MessinaEt qu’il fut le premier de la maison des Valere qui empruntant son nom d’une ville prisefut appelé Messinapuis vulgairement Messala Au moyen d’un échange de lettres Il est permis aussi de chercher à savoir que Sylla De la maison des Cornelii présenta le premier Au cirqueDes lions en liberté tandis qu’auparavant ils étaient attachéset que le roi Bocchus de Maurétanie envoya des archers pour les tuerD’accord ! Passons encore sur cela Mais que Pompée ait donné le premier au peuple un combat De dix-huit éléphants contre des malfaiteursQuel mérite peut-on tirer de cette connaissance-là ? Le premier citoyen de Rome Le même que la renommée nous a dépeint comme un modèle de bonté parmi nos illustres aïeuxA cru donner un spectacle mémorable en inventant un moyen inédit de faire périr les hommesQu’ils se battentC’est peuQu’ils soient criblés de coups Ce n’était pas encore assezIl fallait en outre qu’ils périssent écrasés sous l’énorme masse des éléphants Mieux valait laisser de pareilles actions dans l’oubli Pour empêcher que quelqu’un de puissant ne les connût par la suiteet n’enchérît en conséquence sur des actes que l’humanité réprouveO quelles épaisses ténèbres un grand renom répand-il dans l’esprit des mortels ! Pompée se croyait-il au-dessus de la NatureLorsqu’il exposait tant de malheureux à la fureur de bêtes féroces nées sous un autre ciel Lorsqu’il mettait aux prises des adversaires aux forces si disproportionnéesEt qu’il versait des flots de sang sous les yeux du peuple romainqu’il devait forcer bientôt à en répandre davantagePlus tardCe même hommeVictime d’une horrible trahison de la part des gens d’AlexandrieAlla présenter son cou à l’épée du dernier de ses esclavesEt comprit alors sans doute le vain étalage de sa renommée Pour revenir au sujet dont je me suis écarté Je vais exposer encore les inutiles efforts de quelques uns sur des sujets divers Le même savant racontait que MetellusA...
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Vous me demanderez peut-êtreQuels sont ces hommes que j’appelle affairés ? Ne croyez pas que je donne ce nom seulement à ceux qui ne sortent des tribunaux que lorsque les chiens viennent les en chasserNi à ceux que vous voyez étouffés par la multitude de leurs courtisansOu refoulés avec mépris par les courtisans des autresNi à ceux que d’obséquieux devoirs extirpent de chez eux pour aller se presser à la porte des grandsNi à ceux à qui le prêteur octroie une somme honteuse Et qui sera pour eux un jour ou l’autre une vraie gangrène Non : il est des hommes pour qui le loisir même est affairéA la campagneDans leur litAu milieu de la solitudeAussi éloignés soient-ils du reste des hommes Ils sont insupportables à eux-mêmes La vie de ces gens-là ne peut pas être appelée une vie oisiveElle leur est une activité (comment dirais-je)laborieusement désœuvrée Diriez-vous qu’ils ne font rien l’amateur qui avec minutieS’occupe à ranger symétriquement des vases de Corinthe que la manie de quelques curieux a rendus précieux ?Ou celui qui passe la plus grande partie de son temps à polir d’une laine de vieux métaux rouillés ? Ou (parce qu’il faut avouer que les dépravations graveleuses qui nous travaillent ne sont plus uniquement romaines) Celui qui va au gymnase pour contempler de jeunes combattantsDans les coulisses où ils s’enduisent et se frottent d’huiles ? Et celui qui s’amuse à assortir en fonction de l’âge ou de la couleurles champions accoutumés à la victoire ? Ou celui qui (ostensiblement) se charge de nourrir l’appétit des athlètes les plus célèbres ? Diriez-vous livrés au repos ceux qui passent tant d’heures chez un barbier pour se faire arracher le moindre poil qui leur sera poussé pendant la nuitPour prendre conseil sur chaque cheveuPour qu’on relève leur mèche déplacée et qu’on ramène également de chaque côté du front leurs cheveux clairsemés ? Comme ils se mettent en colèresi le barbierCroyant avoir affaire à des hommesMet à les raser un peu de négligence Comme ils rentrent en fureur s’il leur a coupé le poil d’un peu trop prèsSi quelques cheveux dépassent des autres Si tous ne tombent pas en boucles bien égalesEst-il un seul d’entre eux qui ne préfère pas voir sa patrie en désordre plus que sa coiffure ? Qui ne soit plus inquiet des coquetteries de sa tête que de sa santé ? Qui ne préfère pas être bien coiffé plus qu’honnête homme ? Appelleriez-vous oisifs ces hommes toujours occupés entre le peigne et le miroir ? Et que sont donc ceux qui ont l’esprit sans cesse tendu à composer Entendre et réciter des chansonsEt quiForçant leur voix formée par la nature à rendre facilement des sons simples Lui font exécuter les modulations affectées d’une mélodie langoureuse ? Leurs doigts battent sans cesse la mesure du chant quelconque qu’ils ont dans la têteet au milieu même d’affaires sérieusesdans des circonstances tristes Ils font entendre un léger fredonnement ? Ces gens-là ne sont pas oisifs mais inutilement occupés Et certes je ne regarderai pas leurs festins comme des moments de détenteQuand je vois avec quel soin ils rangent leur vaisselle Quelle importance ils mettent à ce que les tuniques de leurs serviteurs soient portées avec grâceCombien ils sont inquiets de la manière dont un sanglier sort des mains du cuisinierAvec quel art la volaille est découpée en petits morceauxAvec quel empressement leurs esclaves épilés saventAu signal donnéS’acquitter de leurs taches diversesAvec quel soin les malheureux font disparaître les traces de salives des convivesCar c’est ainsi qu’on se fait une réputation :Munificence et délicatesse Les travers de ces gens les accompagnent si constamment A tous les moments de leur viequ’ils mettent une vanité ambitieusey compris dans La nourriture et la boisson Vous ne compterez sans doute pasParmi les oisifsCes hommes apathiques et mous qui se font promener ça et là En chaise à porteurs et en litièreEt qui Sont toujours très ponctuelsA se faire porter ainsicomme si l...
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